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Déforestation amazonienne et l’hypocrisie occidentale

Écrit par Ruggero Di Giovanna. Publié dans Homme social

Les occidentaux sont toujours prêts à donner des leçons aux Pays moins développés à leurs yeux, comme si l’Occident était le sommet absolue de l’évolution humaine. La vie nous enseigne que c’est toujours bien de se montrer humbles car la vérité et la justice ne sont dans les mains de personne. Le jugement humain est toujours imparfait et le moindre erreur se cache derrière chaque pensée. L’arrogance et la superbie ont porté leurs champions à commettre les erreurs les plus grossières et dangereuses que l’histoire nous offre en mémoire. Seulement la conscience, l’humilité, la patience et le savoir peuvent nous permettre de ne pas tomber dans les pièges du mensonge, de l’illusion et de la tromperie.
Le cas qui se présente ici, concernant le soulèvement général contre la déforestation de l’Amazonie, en est un exemple parfait.
Ici en Occident les citoyens ont étés très éduqués au respect de la nature, à l’importance de l’écologie et de l’harmonie de l’être humain avec son environnement. Une des différentes causes de cette prise de conscience collective vient des claires et choquantes conséquences de la révolution industrielle, qui, particulièrement en Europe, ont pris depuis des siècles une ampleur stupéfiante et  très destructive.
Le Brésil, comme beaucoup d’autres Pays, n’a pas eu la même histoire de la France, de l’Angleterre ou des Etats-Unis; par conséquent les choses ne fonctionnent pas de la même manière et il n’y a pas de plus grossière erreur que de juger ce Pays, sa population et ses gouverneurs, avec un critère occidentale. La conséquence est que presque personne n’y comprend rien de ce qui se passe là-bas et que l’image qu’on se fait des événements et des comportements des administrateurs des Pays concernés est totalement fausse, pour ne pas parler des comportements apparemment justes des nos politiciens de chez nous. Et je vais rapidement vous expliquer pourquoi.
Depuis au moins les années ‘70,  le secteur agricole brésilien, qui comprends tous, des plus petits cultivateurs aux grandes entreprises, pousse les politiciens à accorder plus de surface exploitable pour les cultures agricoles. Comment? Eh bien, comment on a toujours fait depuis des millénaires: en brûlant la forêt. La surface du Brésil est en faite généreusement recouverte de forêts, mais depuis 50 ans les dirigeants ont de plus en plus mis en place des règlements pour limiter, ou interdir tout court, la déforestation.
Aujourd’hui la forêt amazonienne, qui recouvre le 38% de la surface du Pays, est en flamme. Dans le mois d'août 2018, nombreux foyers sont apparus de façon très étrange en regardant leur nombre élevé, ce qui a fait pensé à la nature volontaire de ceux feux. Et qui brûle les arbres est surement un méchant. Facile à dire, mais la vérité est beaucoup plus complexe.

 

Tout le monde s’est indigné et les dirigeants du G7, puissant symbole non officiel de la prédominance occidentale, ont exprimé leur plus forte contrariété, premier parmi tous le président français Emmanuel Macron. Le président Bolsonaro, déjà connu pour ses positions souvent extrémistes, conservationnistes et moralement incompatibles avec les nôtres, a été accusé de favoriser cette situation et de ne pas faire assez pour bloquer et punir ces comportements criminels. Le président brésilien a été même accusé d’avoir lui-même encouragé à brûler la forêt, pour favoriser la lobby agricole et sa politique libérationniste. Ce qui montre que les théories du complot ne poussent pas que chez les gens pauvres et anti-système, mais aussi chez les plus puissants dirigeants de la planète. L’image de la situation que les médias ont diffusé, et que la plupart d'entre nous a accepté sans conditions, est que:

  1. la forêt amazonienne, le grand poumon de la Terre, ne peut pas être touchée, à risque le bienêtre de la planète entière.

  2. les cultivateurs qui allument les incendies sont des personnes malades et qui ne comprennent rien.

  3. La lobby de l’industrie agricole pense seulement à l’argent.

  4. le président Bolsonaro est un fasciste qui n’a pas du tout à coeur le destin de la planète.

Il faut toujours se rappeler qu'une société ne peut être jugée par ce qu’elle a fait uniquement aujourd’hui. Il faut regarder ce qu’elle a fait hier, avant hier, il y 50 ans et il y 1000 ans. Aujourd’hui si les Etats-Unis sont ce qu’ils sont, c’est aussi grâce à la guerre d'indépendance, à l’économie du XIX siècle et à la culture et aux moeurs de toute sa population et non pas seulement grâce à ce qui a fait le dernier président.

Le Brésil est un Pays qui dépend fortement de l’agriculture et de l’exploitation boisière, surtout dans les zones rurales éloignées des grandes villes. Le Brésil n’est pas comme l’Europe, où les services tertiaires ont largement dépassé la production alimentaire. La France est un Pays bien plus riche que le Brésil et cette richesse n’est pas née hier, mais c’est le fruit d’une très longue histoire. À l'époque des Celtes, entre -1.000 et -52 avEc, la surface boisée de la France correspondait à, à peu près, 65-75% du territoire, ce qui était un vrai grand poumon. Les Gaules étaient très dépendants du défrichement forestier, parce-que, d’un côté, ça libérait de l’espace pour du terrain cultivable, de l’autre côté, ça offrait à ces peuples l’unique ressource grâce à laquelle on construisait des maisons et la plupart des outils de la vie quotidienne, qui étaient faits en bois, ainsi que pour se chauffer. Au contraire de ce qu’on pense en générale, les Celtes du territoire français (il n’y avait pas que les Gaules) ne vivaient pas comme des elfes dans les arbres, mais ils ont contribué eux les premiers à détruire la plupart des forêts primaires françaises. Si vous lisiez le De Bello Gallico de Jules César, vous resteriez étonnés de remarquer combien de fois le grand général romain décrit les spacieuses vallées vides sur lesquelles marchaient les redoutables légions de son armée.

Les romains, qui sont arrivés avec Jules César et qui sont restés bien longtemps, ont bien sûr contribué à la déforestation du territoire, mais beaucoup moins que les Celtes. À l’arrivée des Francs il restait le 60% de surface boisée. Pendant tout le moyen age, la forêt n’était pas vue comme une ressource naturelle importante pour la vie de l’habitat humain, mais plutôt comme une présence obscure à éliminer. La guerre était entre la forêt et l’Homme, une bataille qu’il fallait absolument vaincre. Déforester voulait dire civiliser. Dans les bois vivaient les gens abrutis, les bûcherons par exemple n’étaient pas vus de bon oeil et les méchants de tous les contes venaient justement du bois. Au XIII siècle on était au 25% de surface verte. Le sommet fut au XVIII siècle , à l'époque de la révolution industrielle, le 16%!

Il faut comprendre que toute cette déforestation a offert à la France une richesse inégalée, pas seulement du point de vu agricole et économique, mais ça lui permit de conserver une place importante sur l'échiquier internationale, de défendre bien ses territoires et de conquérir facilement des colonies, toutes sources très importantes qui ont eu des répercussions économiques à très longues durée. Rappelez-vous en faite que, quand dans les siècles préindustriels on faisait des campagnes pour promouvoir le développement des forêts, c’était au fin de pouvoir construire plus de bateaux de guerre et non pas pour des questions écologiques. L'Écologie est une invention moderne. 

Toute cette déforestation a permis à la France, aux portes du 1900, de devenir une des nations les plus évoluées de la planète, pendant que dans le vert et enchantant Brésil les tribus autochtones cherchaient de survivrent en allant encore à la chasse et en ramassant des mangues sauvages. La France, pour devenir riche et importante, a dû renoncer à son poumon local. Aujourd’hui, si vous lisez cet article dans votre téléphone, tablette ou ordi, c’est surtout grâce à cette politique d’exploitation qui perdure depuis des millénaires, que ça vous plaise ou pas. Les Brésiliens, pour des raisons tellement complexes que j’expliquerai à un autre moment, n’ont pas encore commencé à exploiter leur territoire comme les français l’ont déjà fait. C’est pour ça que le niveau de pauvreté de ces gens, notamment dans les zones peu reliées, fait venir la chair de poule.

Pour avoir une idée, au Brésil, le 38% de la surface du Pays est recouvert de forêt primaire. Forêt primaire veut dire qu’elle n’a jamais étée exploitée par l’homme et donc elle conserve une biodiversité et un équilibre naturel tout simplement époustouflants.

La France aussi était recouverte de forêts primaires, il y a 3000 ans! Devinez combien c’est le pourcentage de ce type de boisement aujourd’hui en France métropolitaine. Eh bien, 0%. Nada. Niet. Niente. Il n’y en a plus. La France a bien tout détruit.

La surface boisée, au Brésil, au total, donc comprenant aussi les forêts non primaires, correspond au 56% du territoire national, donc plus de la moitiée du Pays est vert, ce qui est génial. Les Celtes, les Romains, les Francs, les rois et les presidents francais auraient tous vu ça comme une magnifique ressource à exploiter, avant l’essor de la morale écologiste. Les Brésiliens ne l’ont pas fait et ils en payent les conséquences.

Aujourd’hui le président Macron se vante que la France ait le 31% de surface boisée, et on ne comprend pas pourquoi,car le Brésil, comme on vient de le dire, en a 56%. De plus la plupart de ce 31% est constitué de bois très pauvres en biodiversité. Pensez aux exploitations boissières pour la production de papier et de bois de construction, ces interminables filaires de pins ou des peupliers sous lesquelles ne pousse rien d’autre et la présence d’animaux représente une exception.

L’honneur des français, selon M Macron, serait que le Pays a réussi à porter le 16% qu’on avait quitté en 1800 au 31% d’aujourd’hui. Ce qui est sincèrement louable, mais qui ne justifie guère l’attitude arrogante de ce jugement. Ce n’est pas bien vu que pendant que NOUS augmentons nos surfaces boisées, le Brésil défriche de plus en plus les siennes. Le Brésil est juste en retard. Il cherche de faire aujourd’hui ce que nous faisons depuis 3000 ans. En lumière de ces informations il apparaît très égoïste de notre part prétendre, après avoir détruit notre patrimoine forestier, et s’en être enrichis, que les pays où ils restent des ressources vertes doivent demeurer pauvres car nous avons besoin de respirer.

La forêt amazonienne reste le seul grand poumon de la Terre seulement parce-que l’autre poumon, en Europe, a été déjà détruit. Le Brésiliens sont arrivés en retard dans la course à l'enrichissement et à l’exploitation. S’ils avaient eu 1000 ans d’avance sur nous, à cette heure, la forêt amazonienne n’existerait pas et les dirigeants sud-américains nous empêcheraient d’exploiter celles encore vierges des Européens sous-développés.

Comme vous voyez, si on regarde de plus haut, ça devient plus difficile de juger si facilement les comportements autrui.

Ajoutez à ça que, au Brésil, beaucoup de gens vivent avec des moyens tellement désespérés que vous n’imaginez même pas. L’espoir de voir agrandir les ressources agricoles et donc économiques et de pouvoir vivre une vie plus digne, pousse les gens à agir aussi de façon démesurée. Pour ce qui concerne les grandes entreprise, ça revient au même. Aujourd’hui, en France les gens profitent d’un welfare state assez important, et c’est  grâce à un Etat qui a les moyens de pouvoir dépenser autant de ressources. Ces ressources viennent principalement d’une richesse des entreprises qui payent leurs impôts. De même, au Brésil, si les entreprises avaient plus de ressources à exploiter, l’entière système fonctionnerait mieux. Évidemment ce discours est très général. Partout ils peuvent y avoir des gens et des entrepreneurs malhonnêtes, mais c’était juste pour vous faire comprendre comme le proclame “ne touche pas TA forêt” perd de plus en plus son sens.

Avec ça, je ne veux pas justifier le président Bolsonaro et sa politique. Je précise d’ailleurs que je ne partage presque aucune des idées politiques, ainsi que son attitude malveillante et grossière. Et je ne conseille surtout pas de détruire toutes les forêts de la planète avec l’excuse que nous devons avoir tous le droit de devenir comme les français. Au contraire, je pense que la préservation des forêts est très importante pour l'équilibre de notre habitat. Mais la solution doit être cherchée ailleurs que dans un superficiel jugement soutenu par une sournoise arrogance coutumière. Dans ce sens M Bolsonaro il a tout à fait raison quand il accuse ses homologues occidentaux de se comporter avec une mentalité colonialiste pour des gains politiques personnels, avec une référence particulière pour M Macron.

On pourrait faire un accord avec le Brésil pour lui empêcher de défricher encore plus la forêt, mais, dans ce cas, on devrait lui payer l'équivalent de tous les gains qui seraient issus de cette exploitation. Plus simple encore serait de créer des règles internationales encore plus strictes pour ce qui concerne la superficie boisée de chaque Pays, en n’obligeant pas un seul Pays à garder les siennes mais en obligeant tous les Pays à respecter les mêmes paramètres, de façon qu'il n’y ait pas qu’un seul poumon sur Terre, mais que chacun puisse avoir son propre poumon vert chez lui, n’importe où sur la surface de la planète.

Ruggero Di Giovanna

www.evolfenix.org

 

Commentaires   

Mmb
0 # Mmb 26-08-2019 19:40
Tout à fait d’accord !
Plutôt que de râler et critiquer les autres, mieux vaut proposer des solutions “équitables” entre pays (et compatriots) :-)
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